La gestion de la trésorerie

10/11/2008

Gérer la trésorerie dans une entreprise, même de taille modeste, est devenu quasiment indispensable ces dernières années du fait d’un rétrécissement général des marges et d’une augmentation des impôts et des charges.
Il faut souvent jongler avec des sommes parfois importantes et, au final, après avoir payé les fournisseurs, la TVA, les salaires et charges sociales, les cotisations personnelles et les impôts, il ne reste plus qu’un solde modeste sur le compte bancaire lorsqu’on n’est pas à découvert. Que de fois a-t-on entendu de tels propos.
Certes la période actuelle est difficile pour beaucoup, mais il existe quelques astuces pour rationaliser la gestion de sa trésorerie et donner ainsi à l’entreprise une petite bouffée d’oxygène lui permettant de traverser certaines turbulences avec plus de sérénité.
Le présent article ne présente pas de solution miracle (s’il y en avait une, cela se saurait depuis longtemps !), cependant, il existe certains procédés qui permettent à l’entreprise de générer des économies substantielles. Pour cela, il est nécessaire de connaître les mécanismes de formation de la trésorerie ainsi que les outils à mettre en place.

LA DETERMINATION DE LA TRESORERIE

- Définition

La trésorerie est l’ensemble des actifs liquides d’une entreprise ; elle se présente sous diverses formes : comptes bancaires, valeurs mobilières de placement, dépôts à terme, espèces. Elle peut être disponible immédiatement, c’est le cas des espèces, ou quasi disponible à l’instar des valeurs mobilières de placement.
Beaucoup d’opérations ont pour contrepartie un flux de trésorerie : achats, ventes, escompte, emprunt, découvert… ayant chacune un décalage dans le temps et des délais plus ou moins favorables à l’entreprise. L’ensemble de ces opérations concourt à la formation de la trésorerie.
Ces décalages entraînent très souvent un besoin en fonds de roulement que l’entreprise doit s’efforcer de financer au moindre coût.

- Fonds de roulement, besoin en fonds de roulement et trésorerie

Le fonds de roulement correspond à la différence entre les capitaux permanents de l’entreprise (capitaux propres + emprunts à long terme) et le poste des immobilisations minorées des amortissements.
Si les capitaux permanents sont supérieurs aux immobilisations, cela signifie que le fonds de roulement est positif et que les capitaux permanents de l’entreprise suffisent à financer les immobilisations.
Le besoin en fonds de roulement correspond, lui, au surplus du poste fournisseurs par rapport aux postes des stocks et clients. En effet, souvent, l’entreprise doit financer le décalage entre l’encaissement clients et le règlement fournisseurs. Dans le cas exceptionnel où les clients règleraient avant que les fournisseurs soient payés (exemple des grandes surfaces), l’entreprise disposerait de ressources en fonds de roulement (le besoin en fonds de roulement étant alors négatif).
La détermination de la trésorerie revient à calculer la différence entre le fonds de roulement et le besoin en fonds de roulement de l’entreprise.
La trésorerie est donc excédentaire lorsque :
- le fonds de roulement est supérieur au besoin en fonds de roulement,
- ou lorsque les ressources en fonds de roulement sont importantes.

LA TRÉSORERIE ET SES OUTILS

- La notion de trésorerie zéro

Il est habituel de considérer que la gestion de la trésorerie est saine lorsque le ratio trésorerie/dettes à court terme est supérieur à 1 ; ce principe est à bannir. En effet, une large trésorerie ne prouve pas que la gestion des comptes bancaires est saine ; tout au plus, on peut en déduire que l’exploitation est viable. Le solde de trésorerie doit être centré sur zéro et l’écart-type par rapport à cette moyenne doit être le plus faible possible.
Deux cas peuvent être envisagés :
° l’entreprise dispose d’un excédent de trésorerie permanent, cet excédent entraîne un manque à gagner, l’entreprise peut en effet placer cet excédent à court terme et percevoir ainsi des produits financiers ;
° l’entreprise est constamment à découvert : les frais financiers d’un découvert sont parmi les plus élevés et grèveront lourdement les profits d’exploitation. Au niveau zéro, ces deux difficultés sont résolues.
Les chefs d’entreprise se sentent parfois impuissants à réduire ce coût. Afin de les aider à prévoir les creux de trésorerie, un prévisionnel de trésorerie pourra être mis en place.

- Le budget de trésorerie

Certains chefs d’entreprise constatent le jour de l’échéance qu’ils ne peuvent faire face à leurs engagements. Il est alors trop tard pour mettre en place une stratégie.
Ain de remédier à ce type de difficulté, des prévisions de recettes et de dépenses peuvent être synthétisées par le budget de trésorerie annuelle. Celles-ci montrent mois par mois les flux de trésorerie prévisionnels générés par l’exploitation ultérieure de l’entreprise.
Une bonne connaissance historique de l’établissement permet d’envisager le futur avec un degré de précision fiable. Pour cela, les accords conclus avec les clients et les fournisseurs doivent être connus précisément car eux seuls fourniront les renseignements que la comptabilité ne peut pas donner : à savoir le temps écoulé entre la facture émise par l’entreprise et son encaissement ainsi que celui entre la facture reçue et le décaissement.
La méthode nécessite cependant une certaine habitude ainsi qu’une maîtrise des outils financiers. L’expert-comptable sera alors l’interlocuteur privilégié du chef d’entreprise et pourra l’aider à mettre en place un outil financier simple d’utilisation, comprenant les principaux indicateurs, et l’adapter à l’évolution de l’entreprise.

LES RELATIONS AVEC LE BANQUIER

Les conditions que peut vous faire votre banque sont révisables, surtout dans une période de baisse des taux et de concurrence accrue. Cette évolution conduit à négocier périodiquement les conditions financières. L’entretien doit être préparé à l’avance par le chef d’entreprise qui aura défini au préalable les points à aborder.
Ces points sont multiples et peuvent porter sur :
- les services bancaires divers (retrait d’espèces, cartes bancaires, frais de gestion des SICAV, frais de caution, frais sur effets, frais d’opposition) ;
- les taux (découverts bancaires, remboursement anticipé de prêt, renégociation de taux d’intérêt concernant un prêt ancien, dates de valeur).
Au besoin, il ne faut pas hésiter à faire jouer la concurrence entre établissements bancaires. Enfin, il est important que l’entretien se déroule dans le cadre d’une relation d’affaire normale, même si parfois cela s’avère difficile lorsque l’entreprise est en situation financière précaire. Une préparation de l’entretien par le chef d’entreprise est alors indispensable car celui-ci devra vendre l’image de son entreprise et évoquer les perspectives de redressement envisagées, au besoin à l’aide de documents prévisionnels.

Gérer sa trésorerie passe par une série d’étapes intervenant dans le cadre de sa formation :
- une rationalisation dans la gestion des stocks, des délais de règlement clients/fournisseurs ;
- une facturation des ventes dans les meilleurs délais et la mise en place d’une procédure destinée à suivre les paiements et relancer les mauvais payeurs ;
- une étude des modalités et opportunités de financement ;
- une négociation régulière des conditions bancaires avec un suivi quotidien de la situation financière et une utilisation rationnelle des outils financiers en fonction de sa propre situation.
Bien entendu, tout ceci demande à être adapté à l’entreprise en fonction du volume des opérations effectuées ainsi que des flux de trésorerie tout en tenant compte des phénomènes saisonniers, des marges pratiquées dans la profession. A cette occasion, l’expert-comptable pourra conseiller utilement le chef d’entreprise dans le cadre de la gestion de sa trésorerie.

Éric MOYA
Expert-comptable à ARLES

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