Les jeunes et l'entreprise

03/10/2007

Un constat s’impose aujourd’hui dans notre société : il ne fait pas bon être jeune.

Souvent le manque d’expérience est invoqué pour refuser un prêt à un jeune, quand ce n’est pas un poste de cadre ou d’administrateur. Ces attitudes conduisent très souvent à un dynamisme bridé dans certaines entreprises ainsi qu’à des conseils d’administration ressemblant plutôt à des rencontres du troisième âge.

Est-ce à dire qu’il existe un anti-jeunisme primaire dans notre société, que l’on se méfie des réactions trop impulsives que l’on peut avoir lorsqu’on a pas encore atteint « l’âge de raison » ou encore qu’il faut longuement faire ses preuves avant de prétendre à quelque chose ?

L’explication est nettement plus terre à terre : les classes d’âge très fournies d’après guerre, issues du baby-boom et devenues les quinquagénaires d’aujourd’hui sont peu désireux de partager leur place avec de jeunes loups parfois aux dents longues.

UN ETAT DES LIEUX

- Une pyramide des âges vieillissante

A compter de l’année 2005, plusieurs chefs d’entreprise appartenant à des classes d’âge issues du baby-boom auront 60 ans et cesseront leur activité pour la plupart. La vague des départs attendue à partir de 2005 pourrait entraîner de fortes tensions dans certains secteurs d’activité, que ce soit en matière d’embauche ou de reprises d’entreprises.

Déjà, certains métiers présentent aujourd’hui une moyenne d’âge relativement élevée. La part des quinquagénaires est ainsi forte chez les cadres, les agriculteurs, les patrons d’hôtels restaurants. Dans tous ces secteurs leur proportion dépasse 30 %.

Il existe également des incohérences dans notre société ; ainsi des responsables politiques de 70 ans et plus prônant la retraite à 55 ans ; des retraités présidant des organismes d’aide à la création d’entreprises dont la plupart des demandeurs n’ont pas la moitié de leur âge ; des dirigeants âgés de Centres de gestion agréé dont on ne trouve personne de moins de 50 ans dans le Conseil d’administration et qui prétendent encore donner une impulsion à un Centre dont la moyenne d’âge des adhérents est bien inférieure au plus jeune des administrateurs.

Or, qui peut mieux connaître l’état d’esprit et l’attente des jeunes générations si ce n’est l’un de leurs représentants.

- Des créations ou des reprises à un rythme ralenti

La durée de vie moyenne des entreprises a tendance à se rétrécir ; à cela, s’ajoutent des contraintes administratives de plus en plus importantes pour les petites entreprises malgré des annonces de simplification et une pression fiscale toujours importante.

De plus, la proportion des salariés augmente au sein de la population active sous le coup de l’emprise grandissante des grandes structures et d’une fonctionnarisation croissante.

Enfin, les classes d’âge des années 70 et 80 étant moins nombreuses, il est probable que le renouvellement des petites entreprises ne sera pas complètement assuré.



Tous ces facteurs conduisent à un ralentissement des créations ou des reprises ; l’arrivée des 35 heures n’arrangeant rien. Face à cette situation, il existe pourtant des remèdes.

LES SOLUTIONS

- Assurer une meilleure représentation des jeunes générations

Des entreprises qui ont massivement licencié au cours des années 80 et 90, se retrouvent avec des salariés souvent anciens, bien formés dans leurs métiers, mais qu’il faudra tôt ou tard remplacer.

Des moyens existent cependant pour favoriser l’intégration d’un jeune dans l’entreprise, ils peuvent se présenter sous la forme de contrats d’apprentissage ou de qualification, formules trop souvent délaissées dans un passé récent et qui offrent pourtant des avantages sous forme d’exonérations de charges sociales et de subventions.

Cette pratique pourrait favoriser la reprise de petites entreprises qui pour certaines ne pourront trouver de repreneur qu’en la personne d’un jeune qu’elles auront préalablement embauché et formé.

- Faire évoluer les mentalités

Obtenir un prêt bancaire dans le cadre d’une création ou d’une reprise d’entreprise n’est pas chose facile pour un jeune. La baisse des taux d’intérêt et la réduction des marges dans les banques ont conduit celles-ci à limiter considérablement leurs risques. Pourtant, des projets sérieux et viables sont présentés tous les jours et régulièrement refusés par les banques.

Un jeune candidat à la création d’entreprise n’est pas souvent pris au sérieux, de même qu’un jeune demandeur d’emploi qui se voit régulièrement reprocher son manque d’expérience.

Faudra t-il donc pour assurer une réelle représentation des jeunes générations avoir recours à un texte imposant après les femmes une seconde parité ? On aurait tort de prendre le sujet à la légère.

Rappelons que la pluralité et la diversité des origines des salariés dans l’entreprise favorisent la richesse de l’échange et valorisent les ressources humaines.

La faiblesse des embauches parmi les jeunes a conduit certains d’entre eux à partir pour l’étranger, où accueillis à bras ouverts, ils ont pu acquérir une expérience qu’ils négocieront âprement lors d’un éventuel retour en France.

LES ENJEUX

- Garantir la pérennité des entreprises

D’ici 2005 à 2010, il est très probable que beaucoup d’entreprises seront à céder du fait du départ à la retraite de leurs dirigeants. Parallèlement, les créateurs ou repreneurs seront vraisemblablement en nombre insuffisant pour compenser ces départs.



Attirer les jeunes vers l’entreprise afin de leur dispenser une formation adaptée apparaît donc vital pour assurer la pérennité de toute structure. Les emplois-jeunes d’une durée de 5 ans conçus essentiellement pour améliorer les statistiques du chômage n’offrent certainement pas les mêmes garanties en terme d’expérience professionnelle ou de débouchés.

Plus que jamais, aujourd’hui, il est nécessaire d’encourager la libre-entreprise par des mesures concrètes pour inciter des jeunes à reprendre le flambeau et perpétuer tout un savoir-faire.

- Assurer un contrat entre les générations

Le paiement des retraites sera un sujet de plus en plus sensible dans les années à venir.

Assurer son remplacement en tant que chef d’entreprise permet non seulement de vendre son affaire mais aussi de trouver un nouveau contribuable et cotisant.

Ce remplacement dans la continuité est souhaitable pour éviter un bouleversement des données dans l’artisanat et le commerce.

L’exploitant, enfin, est le plus souvent l’homme orchestre présent sur tous les fronts. Sa disparition est presque toujours préjudiciable à l’entreprise quand elle ne remet pas en cause la continuité de celle-ci.

Pérenniser une structure qui repose très souvent sur son seul dirigeant demeure le souci principal de beaucoup.

CONCLUSION

Avec la croissance du nombre des retraités, la diminution de celui des actifs et l’allongement de la durée de la vie, les problèmes de salaire, d’assurance maladie et de retraite vont se poser différemment.

Plus que jamais aujourd’hui, il est d’actualité de parler de contrat entre les générations; les prises de responsabilité des jeunes générations deviennent chaque jour de plus en plus nécessaires pour faire face au départ imminent et massif de nos aînés.

Malgré cela, il existe encore dans notre société, des personnes ayant largement dépassé l’âge de la retraite et qui prétendent encore vouloir tenir les rênes, parfois en dépit du bon sens ; aussi, il arrive que des jeunes se rebellent contre cette gérontocratie. Déjà, en son temps, Léon TOLSTOÏ affirmait que si les jeunes générations avaient toujours cédé aux vieillards, nous en serions encore à l’âge de pierre.

Éric MOYA,
Expert-comptable à ARLES
CGA PROVENCE

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